Par Dominic Dagenais

Résumé

Les collaborations entre activistes et universitaires – l’union entre l’expérience de terrain et les compétences académiques – étaient impossibles à l’époque des asiles. Même aujourd’hui, elles demeurent rares. Cette exposition nous présente Eugène Leblanc, directeur d’un groupe de support innovateur à Moncton, au Nouveau-Brunswick, et de Nérée St-Amand, professeur de travail social à l’Université d’Ottawa. Depuis leur rencontre en 1987, les deux hommes ont ensemble mené des recherches, rédigé et publié des articles et un livre. Apprenez-en plus sur leurs projets et leur critique du système de santé mentale.

Eugène Leblanc et Nérée St-Amand : Une collaboration aussi fructueuse qu’improbable

Cette exposition virtuelle est consacrée aux néo-brunswickois Nérée St-Amand et Eugène LeBlanc, à leur engagement contre le système psychiatrique, et à leurs différentes initiatives en faveur d’alternatives en santé mentale dans l’ère de l’après désinstitutionnalisation. Eugène LeBlanc est directeur du Groupe de support émotionnel inc. (GSEI), un regroupement de personnes psychiatrisées basé à Moncton. Il est également rédacteur en chef de la revue Our Voice/Notre Voix. Produite par le GSEI, cette publication traite de différents enjeux liés à la santé mentale à partir du point de vue des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. Pour sa part, après avoir enseigné à l’Université de Moncton, Nérée St-Amand est professeur de travail social à l’Université d’Ottawa depuis 1990.

Depuis 1987, Eugène LeBlanc et Nérée St-Amand mènent des recherches, écrivent, militent, et s’investissent conjointement dans la promotion d’une profonde remise en question des institutions de santé mentale. Leur but est de donner une voix aux personnes ayant été psychiatrisées et de soutenir les alternatives en santé mentale. En plus de reposer sur des affinités idéologiques évidentes, la collaboration entre LeBlanc et St-Amand est nourrie par leurs champs de compétences complémentaires. Ayant une expérience personnelle de psychiatrisé, LeBlanc trouve un allié précieux en St-Amand qui est l’un des rares académiciens à proposer une critique radicale du système psychiatrique. De son côté, les recherches de St-Amand bénéficient de l’expérience de LeBlanc et de son réseautage avec le milieu communautaire et d’autres personnes ayant été psychiatrisées.

Une alliance inusitée

Photo en noir et blanc d'un jeune homme souriant

Eugène au début de la vingtaine

Eugène LeBlanc est un Acadien originaire de Memramcook, en périphérie de Moncton. Ses parents étaient pauvres et analphabètes. LeBlanc a grandi dans un milieu où les médecins étaient particulièrement vénérés. Très jeune, il exprime toutefois des réserves face au culte des experts, au point où ses positions sur la santé mentale l’ont vite marginalisé au sein de sa communauté. C’est en 1987, alors qu’il cherchait du travail et qu’il était habité par des pensées suicidaires, qu’il découvre l’existence d’un groupe d’aide pour les psychiatrisés se réunissant dans le sous-sol d’une église de Moncton. À partir de ce moment, il commence peu à peu à s'impliquer au sein du mouvement des survivants psychiatriques et y fait la connaissance de Nérée St-Amand. Impliqué dans les activités du regroupement, St-Amand offre à Leblanc de remplacer une étudiante devant quitter un emploi d’été au moment de la rentrée scolaire. Après quatre mois à l’essai, l’embauche de LeBlanc est confirmée. Malgré son budget limité, LeBlanc tente alors de bâtir une organisation qui, tout en offrant du support aux personnes psychiatrisées, pourrait faire contrepoids à l’influence du milieu psychiatrique au sein de la communauté. C’est ainsi que le Groupe de support émotionnel inc. s’organise. 

Eugène fait part des raisons l'ayant mené à créer le GSE:

Afin de favoriser la participation des membres dans les décisions du GSEI, LeBlanc met sur pied deux programmes : le Programme d'entraide et de bénévolat communautaire et le Club du weekend. Ces deux programmes visent à ce que les membres puissent décider de la nature et du moment de leur implication. Par ses programmes, LeBlanc souhaitait combattre l’exclusion socioéconomique des personnes psychiatrisées en favorisant leur participation dans les activités communautaires et le bénévolat. Se voyant confier la direction de la jeune revue Our Voice/Notre Voix, LeBlanc souhaite y donner une orientation tenant davantage compte des préoccupations des personnes ayant été psychiatrisées. Il obtient alors carte blanche pour la parution du troisième numéro. Avec ses positions hostiles à l’égard des institutions, la revue trouve peu à peu un lectorat fidèle et reçoit de nombreux appuis internationaux. Mais elle suscite également de nombreuses critiques et des pressions sont constamment exercées auprès des instances gouvernementales afin de mettre fin à ses subventions :

Il y a toujours une opposition. Il y a toujours des gens au Nouveau-Brunswick qui cherchent à empêcher le renouvèllement annuel de la subvention gouvernementale accordée à Our Voice/Notre Voix. Ils nous voient comme une menace.

Un homme et une femme tiennent une plaque honorifique devant la façade d'un immeuble

Eugène reçoit le prix Mary Huestis Pengilly des droits de la personne en 2013. Lori Young, alors présidente de l’Association du centre d’activité de santé mentale du Nouveau-Brunswick, est à sa droite.

Pour LeBlanc, l’opposition que suscite Notre Voix/Our Voice témoigne de l’importance du travail qui reste à faire pour transformer le discours dominant sur la perception de la maladie mentale et sur la façon de concevoir son traitement. Malgré la résistance suscitée par ses prises de position, ses efforts jouissent d’une reconnaissance certaine et la Commission des droits de la personne du Nouveau-Brunswick lui décerne son prix annuel en 2003.

Homme d'âge mûr, portant des lunette et souriant, avec une bibliothèque à l'arrière plan

Une photo récente de Nérée

Nérée St-Amand est originaire du Madawaska, aux limites du Maine et du Québec. Comme LeBlanc, il a grandi dans un milieu où les institutions étaient très influentes et jouissaient d’un grand respect de la population. Il vient d’une communauté très religieuse et compte plusieurs prêtres dans sa famille. Bien que sa famille souhaitait qu’il devienne à son tour prêtre, il prit ses distances face à l’Église catholique après son passage au séminaire.

St-Amand commence sa carrière comme travailleur social dans le domaine de la protection de l’enfance. Il constate alors que chez la plupart des femmes qui perdaient la garde de leur enfant, des problèmes psychiatriques étaient en cause. Il reconnaît qu’à cette époque, il n’était pas encore sensibilisé à la question et nourrissait les préjugés communément répandus à l’endroit de ces personnes (laisser-aller, alcoolisme, trop grande consommation de médicaments, etc.). Mais la psychiatrisation d’une tante éloignée pour qui il avait une grande estime l’amène à changer sa perspective. Sensible aux épreuves difficiles qu’elle a vécues et refusant de croire qu’elle puisse être folle, il finit par constater que la situation des autres femmes psychiatrisées qu’il rencontre en allant visiter sa tante était similaire. Cette prise de conscience l’amène à s’intéresser au parcours de ces femmes et à se questionner sur la conception de la santé mentale. L’ostracisme dont est victime sa tante à son retour dans sa communauté, désormais étiquetée comme folle en raison de son séjour psychiatrique, nourrit également les réflexions de St-Amand.

S’intéressant de plus en plus aux raisons de l’internement involontaire en psychiatrie, il obtient une promotion à l’Université de Moncton et entame un doctorat. Inspiré entre autres par les travaux de Michel Foucault et de l’antipsychiatrie, il consacre sa thèse à la folie et à l’oppression chez les Acadiens du Nouveau-Brunswick. Pour réaliser sa thèse, il consulte des centaines de dossiers de personnes psychiatrisées dans les archives médicales. Il constate alors des différences considérables entre les hommes et les femmes et entre les francophones et les anglophones en ce qui a trait aux raisons de l’internement, de la durée du séjour et de la durée du traitement. Il effectue ensuite des entrevues avec différentes personnes d’origine acadienne, irlandaise et anglo-écossaise sur leur perception de la folie. Il réfléchit particulièrement aux normes et à la construction sociale de la folie, à la marge entre la folie et la normalité et aux rapports de genre :

Nérée parle des rapports de pouvoir menant à l'internement:

St-Amand s’intéresse également à la dimension ethnoculturelle de l’internement, et constate qu’au Nouveau-Brusnwick, la plupart des psychiatres étaient étrangers, souvent d’origine européenne. Ne connaissaient pas les expressions locales des Acadiens, en chiac, ils ont fait interner des personnes pour des raisons d’incompréhension culturelle. Au cours de ses recherches, St-Amand observe que la folie est relative au lieu et au contexte culturel dans lesquels on vit et que le processus qui mène à l’internement n’est pas déclenché par le psychiatre, mais plutôt pas l’entourage d’une personne, à partir du moment où ses membres n’acceptent pas certains de ses comportements. Il constate également un lien avec les rapports de classes :

Nérée rappelle que ce sont les personnes les plus dévaforisées qui ont été internées

Alors que ses recherches l’amènent à développer des positions très critiques à l’égard des institutions psychiatriques et médicales en général, St-Amand s’intéresse de plus en plus à la médecine alternative et à l’alimentation, puis devient végétarien. Découvrant les mensonges et les ratés des institutions, il sent qu’il se radicalise, devient antiprofessionnel, anti-système et critique la famille en tant qu’institution. Il travaille ensuite sur un projet de recherche sur les femmes et la santé mentale. Il constate alors que les femmes psychiatrisées qu’il rencontre l’ont été à cause de leur mariage. Les femmes doivent s’adapter à la vie professionnelle et aux autres activités de leur mari, faute de quoi elles sont considérées comme déréglées et sont placées en institution :

Nérée évoque les liens entre le mariage et la psychiatrisation:

Alors qu’il occupe la direction du département de travail social à l’Université de Moncton, St-Amand éprouve de plus en plus de difficultés à concilier le fait d’être opposé aux institutions tout en étant partie prenante du système académique. Afin de tisser des liens plus étroits avec le milieu communautaire, il s’implique alors dans différents regroupements voués à la réinsertion sociale des personnes psychiatrisées.

Une union entre le communautaire et l’académique

Deux hommes souriant sont côte à côte et tiennent des publications

Nérée et Eugène en 2003.

En 1987, St-Amand offre un stage visant à étudier la condition des personnes
ayant été désinstitutionnalisées. Un budget lui permet ensuite de louer un local pour offrir un lieu de rencontre et de soutien à ces personnes. C’est à ce moment qu’il rencontre LeBlanc, qui fonde le Groupe de support émotionnel et publie le journal Our Voice/Notre Voix. Dans les premiers temps, LeBlanc se fait plutôt discret dans les réunions, mais St-Amand apprécie tout de même sa réflexion critique à l’égard des institutions. Et bien qu’il aurait souhaité que le GSEI se montre plus combattif, St-Amand se réjouit de voir émerger une telle organisation à une époque où il n’existe pas d’autres modèles de regroupements d’ex-psychiatrisés et de défense de leurs droits. Une relation de confiance s’installe peu à peu entre eux. En 1993, ils travaillent ensemble sur un premier projet de recherche sur la satisfaction des personnes psychiatrisées à l’endroit des services qui leur sont offerts. Leurs résultats sont par la suite l’objet d’une présentation à la réunion nationale de l’Association canadienne pour la santé mentale qui se tient à Québec.

Le vécu psychiatrique de LeBlanc et l’expertise académique de St-Amand constituent le socle de leur collaboration entamée à la fin des années 1980, et qui se poursuit toujours aujourd’hui. Pour LeBlanc, les compétences de St-Amand lui ont permis d’ajouter une rigueur analytique et une portée significative à certaines de ses initiatives :

Eugène dit en quoi sa collaboration avec Nérée lui est profitable:

Deux hommes et une femme d'âge mûr, tous souriants

Eugène, Nérée et Annette Despres reunis en 2008 lors du lancement d'Osons imaginer à Moncton

En 2004, LeBlanc propose à St-Amand de raconter l’histoire de la santé mentale au Nouveau-Brunswick, du point de vue de l’expérience des personnes psychiatrisées. Il constate alors que des ouvrages relatant l’histoire de la santé mentale ont été publiés en Nouvelle-Écosse et en Saskatchewan, mais que ceux-ci, malgré leur intérêt, ne présentent le sujet que d’un point de vue institutionnel. St-Amand considère que c’est grâce à LeBlanc, à sa détermination et à son sens de l’organisation qu’ils ont pu écrire le livre. Présentant l’expérience et les témoignages de personnes ayant été psychiatrisées, Osons imaginer : De la folie à la fierté est publié en 2008. Tiré à 900 exemplaires, il s’agit du premier ouvrage d’antipsychiatrie au Canada.

St-Amand se dit inspiré par LeBlanc, qui le pousse à réaliser des projets. Dans un projet mené conjointement, il s’est appliqué à démontrer les liens entre pauvreté et psychiatrie. Reconnaissant que sa collaboration avec LeBlanc lui est bénéfique, St-Amand est toutefois conscient du risque qui le guette de trop tirer profit des ressources qu’il lui offre. Ayant souvent été témoin de l’exploitation du milieu communautaire par le milieu institutionnel, notamment au Québec, St-Amand cherche à s’assurer le plus possible que la relation qui l’unit à LeBlanc soit équitable et mutuellement avantageuse. Étant lui-même du milieu académique, il reconnaît la légitimité des critiques qu’adresse LeBlanc aux académiciens sans pour autant se sentir personnellement vexé par celles-ci. Par-dessus tout, il tente d’honorer la précieuse fenêtre que lui offre LeBlanc sur son vécu et celui d’autres personnes psychiatrisées :

Nérée dit en quoi sa collaboration avec Eugène lui est profitable:

Un homme se tient debout au centre d'un local, devant une dizaine d'hommes et de femmes regardant en sa direction

Eugène au Groupe de Support Émotionnel lors du lancement du livre Osons imagner

Le militantisme politique

Les sévères critiques de LeBlanc et St-Amand à l’endroit du système psychiatrique et leurs positions en faveur d’alternatives en santé mentale les ont inévitablement conduits à quelques confrontations avec les milieux institutionnel et politique. Toutefois, les doléances qu’ils expriment lors d’événements officiels sont parfois des occasions pour obtenir la reconnaissance des instances en place. Ainsi, après l’annonce du retrait d’une subvention gouvernementale destinée au GSEI à quelques jours d’une rencontre dans laquelle il devait présenter le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, LeBlanc adresse une lettre au ministre et en livre une copie aux personnes attendues à la réunion. Il fallut alors peu de temps pour que la subvention soit finalement accordée de nouveau. Pour LeBlanc, ces pressions exercées sur les instances gouvernementales sont une stratégie obligée pour assurer la réalisation et la longévité de ses projets : «il faut toujours essayer de déjouer l’autre pour aller un peu plus haut». À l’occasion de la présentation du projet visant à recueillir la parole d’ex-psychiatrisés, faite lors d’une conférence réunissant les fonctionnaires et les professionnels de la santé mentale à Fredericton en 2003, LeBlanc déclare que la psychiatrie est la seule branche médicale dont les façons de faire sont contestées par ses patients. Quelques mois plus tard, les centres d’activités alternatifs de la province reçurent du financement gouvernemental.

L’engagement de LeBlanc et St-Amand en faveur d’alternatives en soins de santé mentale se heurte souvent à un rapport de force défavorable face à la Commission de santé mentale du Canada qu’ils considèrent comme l’élite du milieu psychiatrique. Malgré ses critiques du milieu institutionnel, LeBlanc fut invité à siéger à un comité composé d’anciens psychiatrisés, The Hallway Group, et participa à d’autres comités de consultation. Il constate toutefois rapidement que les membres de la Commission de santé mentale se montrent souvent intolérants envers les groupes de personnes psychiatrisées. Il remarque que la Commission manifeste beaucoup de compassion pour l’individu, pris isolément, mais se montre beaucoup plus hostile envers les regroupements. De plus, dans les conférences organisées par la Commission, les récits personnels qui y sont présentés sont généralement constitués autour d’une trame dans laquelle le milieu psychiatrique est valorisé. L’intervention d’un psychiatre y étant présentée comme un moment salutaire pour l’individu. Aussi, les modifications récentes des structures et du mode d’opération de la Commission ont accentué sa proximité avec les institutions psychiatriques. S’il reconnaît que le programme At Home/Chez soi visant à assurer un logement aux personnes psychiatrisées s’est avéré bénéfique pour certains individus, LeBlanc se dit considérablement déçu de l’orientation globale prise par la Commission au cours des dernières années :

Nérée partage son avis mitigé au sujet de la Commission de santé mentale du Canada:

De son côté, St-Amand a été invité à siéger au comité consacré aux familles de personnes ayant été psychiatrisées. Il sent alors que sa présence est peu appréciée par certains membres de son comité, sans doute en raison de ses positions très critiques à l’égard de la psychiatrie. Il constate de plus que les huit différents comités de la Commission sont loin d’avoir le même poids. Le comité consacré aux familles de personnes psychiatrisées s’avère ainsi nettement moins influent que d’autres comités dirigés par des psychiatres à la tête d’hôpitaux ou d’autres institutions prestigieuses :

Nérée fait part du désquilibre entre les divers comités composant la Commission de santé mentale du Canada:

St-Amand constate aussi d’importantes lacunes dans le fonctionnement de la Commission, notamment dans sa considération défaillante des francophones et des Autochtones; dans sa méconnaissance des particularités des institutions et organisations de santé mentale québécoises; de même que dans sa tendance à négliger les acteurs communautaires et alternatifs en santé mentale. LeBlanc dénonce le manque d’ouverture de la Commission face aux francophones, un phénomène dont il a été maintes fois témoin. Lors de la conférence sur le stigma par exemple, la Commission n’a contacté que des médias anglophones sous prétexte qu’elle n’avait pas suffisamment de fonds. Même phénomène lors de la conférence internationale sur la santé mentale de Vancouver en 2009, alors que des présentations bilingues étaient rédigées dans un très mauvais français.

Osons imaginer

Après près de trois décennies d’engagement pour faire entendre la voix des personnes psychiatrisées et malgré l’importance du travail accompli, LeBlanc et St-Amand ont conscience que la bataille est loin d’être gagnée. Le système institutionnel demeure largement dominant, les alternatives en santé mentale sont encore trop peu reconnues, et les préjugés sociaux à l’endroit des personnes psychiatrisées sont tenaces. Pour LeBlanc, améliorer la condition des personnes psychiatrisées doit aller au-delà d’une bonification de l’offre de services. Elle doit d’abord passer par des changements socioéconomiques en profondeur. Reconnaissant l’utilité de la psychiatrie comme option pertinente dans certains cas, LeBlanc croit qu’elle doit être un ultime recours, ce qui est encore loin d’être le cas aujourd’hui:

Eugène parle des problèmes encore criants dans le système de santé mentale actuel:

LeBlanc critique également le fait que la réhabilitation psychosociale soit toujours gérée par les institutions et considère que le milieu communautaire serait en meilleure position pour le faire. Aussi fait-il valoir la nécessité de renforcer le lien entre les personnes psychriatisées et leur communauté. À l’instar de certaines expériences de thérapies alternatives menées au Brésil ces dernières années, il croit qu’il faut accroître le rôle de la communauté dans le processus de guérison de la personne. St-Amand abonde dans le même sens et considère qu’il est impératif de repenser notre modèle de société. Inspiré par des modèles alternatifs d’organisation sociale, il croit qu’il faut reconnaître davantage les bienfaits de certaines activités sur la santé mentale et éviter de recourir précipitamment aux solutions psychiatriques. Il est d’avis que le sport et l’art ont un potentiel thérapeutique trop peu considéré :

Nérée évoque les alternatives qui devraient être privilégiées à la psychiatrisation:

Un homme se tient debout au centre d'un local, où trois hommes et une femme sont assis à des tables et regardent en sa direction

Nérée au Groupe de Support Émotionnel lors du lancement du livre Osons imaginer

LeBlanc travaille actuellement à la mise sur pied d’un Centre international des connaissances alternatives en santé mentale afin de documenter et de répertorier les travaux sur la santé mentale qui sont menés dans une perspective alternative à travers le monde. À terme, le centre occupera un petit édifice à Moncton et permettra l’accès en ligne à des milliers de documents. LeBlanc espère que ce centre devienne une référence à l’échelle internationale, et qu’il contribue à transformer les mentalités en encourageant les gens à s’ouvrir aux alternatives en santé mentale : «Si c’est bien organisé entre ces quatre murs-là, il y a un message important qui peut passer».

Malgré les obstacles auxquels LeBlanc et St-Amand sont encore régulièrement confrontés, ils ont toujours espoir de voir les choses s’améliorer. LeBlanc croit qu’une conscientisation s’opère actuellement dans la population en général, ainsi que chez les personnes psychiatrisées et leurs proches. Un nouveau discours faisant contrepoids au discours dominant des grandes institutions nationales en santé mentale semble en voit de renverser la balance. Il croit que le récent ouvrage collectif Mad Matters : A Critical Reader in Canadian Mad Studies, dirigé par Brenda A. Lefrançois, Robert Menzies et Geoffrey Reaume, peut y contribuer. Enfin, il souhaite qu’un réseau émerge autour de Our Voice/Notre voix, des auteurs de Mad Matters et de tous ceux qui militent pour l’amélioration de la qualité de vie des personnes psychiatrisées.