Le hopital

Hôpital Saint-Jean-de-Dieu

Batisse de quatre étages en pierre grise encadré d'arbres
Asile de Longue-Pointe, Montréal, QC, 1911. Wm. Notman & Son.

Hôpital Saint-Jean-de-Dieu a été le plus grand asile au Canada au tournant du 20e siècle et, par conséquent, une référence reconnue internationalement pour l’expertise thérapeutique de ses propriétaires et de ses aliénistes. C’est à l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu de la Longue-Pointe, situé à l’extrémité est de Montréal, que repose la trame historique de cette exposition mettant en scène Marguerite-Marie. Cette institution pour aliénés, fondée en 1873 par les Sœurs de la Providence, est un asile pour les idiots, les imbéciles, les maniaques, les hyperactifs et les épileptiques. L’environnement rural, propice aux soins des malades mentaux, permettait d’offrir un cadre idéal où mettre en application les principes de base du traitement moral. Traitement par excellence à la fin du 19e siècle pour guérir la folie et qui sera toutefois remis de plus en plus en question au fur et à mesure que le 20e siècle progresse et que l’asile, devenu hôpital, se médicalise.

C’est loin des rues, des parcs et des commerces publics, mais surtout à l’abri des regards que l’asile prend place dans la cité montréalaise. Franchir les grilles qui séparent le paysage montréalais entre la norme et l’anormalité nous oblige à ne point perdre de vue que derrière ces murs de pierre se vit toute la réalité qu’impose l’enfermement asilaire. Profiter du paysage horticole aménagé avec goût et style autour de l’institution ou des installations électriques modernes dans les salles de l’asile ne fait pas de ce lieu une « maison de rêve ». Cet espace réservé aux exclues de la société demeure un lieu contrôlé où les libertés individuelles sont abolies et cela malgré la splendeur des lieux, à une époque où la majorité des citoyens de Montréal ou de ses banlieues vivent dans des maisons modestes dépourvues, par exemple, d’équipements sanitaires et électriques. L’apparence extérieure de l’asile a assurément été aménagée de façon à séduire et ainsi adoucir les appréhensions que pouvaient vivre tant les malades que les membres de leur famille le jour de l’admission.

wide road through an avenue of trees
Longue entrée principale bordée de deux rangés d’arbres. Wm. Notman & Son.

L’avenue principale est bordée, dans toute sa longueur, d’ormes et de platanes. Les alentours sont agrémentés de fleurs et de verdures. Un peu plus loin surgissent de vertes pelouses. L’été les pensionnaires peuvent se protéger du soleil en s’abritant sous les gloriettes disposées sur le terrain et « humer à pleins poumons la forte brise qui leur arrive toute embaumée du parfum des champs. Vingt-quatre pavillons de pierre, reliés entre eux par un couloir de 28 pieds de largeur et tous semblables, sont répartis, en nombre égal, de chaque côté du corps principal de l’hôpital. La division des femmes est regroupée dans douze pavillons, tout comme celle des hommes, répartis d’un côté ou de l’autre du couloir principal.

Long corridor étroit au centre duquel il y a un wagon de train électrique conduit par un homme
Train pour le transport des patients. Wm. Notman & Son.

Une locomotive électrique, créée par la Canadian General Electric, permet de relier plus aisément tous les édifices de l’hôpital. Baptisé le Saint-Raphaël, l’engin électrique muni d’une wagonnette ou parfois d’un « char à bancs » transporte autant les passagers que les repas en destinations des différents pavillons.

Les salles sont bien éclairées. Elles sont décorées de boiseries, de dentelles, de plantes vertes et de tableaux.  Toutes ont une horloge. Une lumière naturelle pénètre les salles à manger et les dortoirs. Les lits sont en fer et munis d’un sommier, d’un matelas de crin et de laine. Draps et couvertures, comme tout l’appartement, sont dans un état de propreté sans reproche.

Le milieu de vie asilaire se distingue tout particulièrement des hôpitaux généraux puisque d’une certaine manière les patients y étant hospitalisés vont y séjourner pour une période très longue de leur vie. Ils vont vraiment habiter ce lieu. Par conséquent, ils sont invités à adopter un style de vie établi selon une routine particulière à laquelle s’intègre une approche thérapeutique. En conformité avec les principes du traitement moral, les patients de Saint-Jean-de-Dieu, du moins les plus paisibles, occasionnellement assistent à des représentations théâtrales, musicales ou littéraires.

Des groupes d’acteurs professionnels ou amateurs de Montréal se produisent sur le site asilaire et parfois la participation des malades est sollicitée. En d’autres occasions, les patients organisent eux-mêmes leurs propres soirées. Celles-ci permettent aux plus talentueux d’y faire du chant, de la musique, du théâtre et même de la danse. Ces activités sociales favorisent des échanges entre patients et patientes, mais également entre le personnel et les malades. Néanmoins, la vie asilaire apporte son lot d’inconvénients.

Dévoiler les secrets de la vie au sein de l’asile, c’est oser pénétrer l’intimité la plus intime inscrite sous le sceau de la confidence. C’est lire à haute voix les pensées, les chimères, les joies, et les peines d’un moment partagé avec toutes les gammes d’émotions engendrées par une vie forgée loin des siens.

Les lettres retrouvées de Marguerite-Marie nous permettent de découvrir sa quête de liberté au cours des 29 années de son internement à Saint-Jean-de-Dieu, mais également son profond ennui.