Hamilton

Hamilton

Imposant édifice ancien, en brique, au sommet d'une colline avec des arbustes et de l'herbe en face

Remerciements sincères à : John Court des Archives du Centre de traitment des dépendances et de santé mentale de Toronto et à Karen Doherty du musée des soins en santé mentale de Hamilton pour le matériel de recherche et les images d'archives.  Auteurs : Sheila Gibbons & Adam Montgomery

 

 

 

 

Noms de l’institution:

Hôpital psychiatrique de Hamilton (Hamilton Psychiatric Hospital) (1968)

Asile pour fous de Hamilton (Hamilton Asylum for the Insane)

Asile de Hamilton (Hamilton Asylum) (1875)

Date d’ouverture:

1875

Lieu:

100 West 5th Street, Hamilton, Ontario (adresse actuelle)

Période pour l’exposition/période de désinstitutionnalisation:

1965-2001

Démographie des patients:

Année Masc. Fém. Total Année Masc. Fém. Total
1876* 30 1960 1,750
1876** 202 1965 682 661 1,510
1884 270 297 567 1967 740 676 1,416
1887 624 1970 858
1888 822 1971 720
1893 950 1975 700
1919* 1,300 1981 430

* En 1924, la capacité d’accueil augmenta pour atteindre 1 299.

Désinstitutionnalisation:

L’Asile de Hamilton fut fondé afin de répondre aux demandes du mouvement de tempérance ontarien du 19e siècle. En 1867, des pétitions réclamaient un lieu pour détenir les « ivrognes de la province » et, six ans plus tard, le gouvernement provincial répondait en achetant un terrain d’une centaine d’acres surplombant la ville de Hamilton. On considérait l’endroit comme idéal, étant donné que « l’asile était isolé à tel point qu’on le croirait situé à des kilomètres. » Comme pour de nombreux asiles et institutions pénales de l’Ontario, les interventions du premier ministre John Sandfield Macdonald furent largement derrière la création de l’Asile de Hamilton. En 1868, il mit en application la Loi sur l’inspection de la prison et de l’asile (Prison and Asylum Inspection Act), entama une campagne de réforme qui augmenta le nombre de grands hôpitaux publics et les mitsous le contrôle de l’Inspecteur des prisons, des asiles et des associations caritatives publiques de l’Ontario.

En raison d’un nombre élevé de personnes considérées comme malades mentales nécessitant des soins et avec les autres asiles provinciaux déjà sous pression, l’Inspecteur des asiles J.W. Langmuir recommanda que le gouvernement convertisse le bâtiment de Hamilton en complexe pour s’occuper des « esprits déments et des fous ». Ainsi, le 1er janvier 1876, l’asile fut rebaptisé l’Asile pour fous de Hamilton, avec le docteur Richard Maurice Bucke comme directeur. Bucke, qui deviendrait par la suite un éminent directeur d’asile et auteur, ne resta qu’une année à Hamilton avant de se retrouver à la tête de l’asile provincial de London. Il fut remplacé par le docteur James M. Wallace, qui resta en poste jusqu’en 1887.

Pendant sa grande tournée des asiles des États-Unis et du Canda au milieu des années 1880, l’éminent médecin britannique Daniel Hack Tuke déclara que l’asile de Hamilton était « merveilleusement bien situé, surplombant le Lac Ontario à la pointe de Burlington Bay» . Malgré tout, Hack Tuke considérait que le lieu présentait « l’inconvénient de se trouver proche d’un précipice » et que la montée vers le bâtiment était « très ardue ». Dans l’ensemble, pourtant, il était satisfait que l’asile n’accueillait plus les alcooliques, mais les malades mentaux, étant donné que « les besoins des fous étaient considérés à juste titre comme plus urgents et pratiques que ceux des [alcooliques] dipsomaniaques. »

Même si le traitement principal était la thérapie morale, le directeur de l’asile, James M. Wallace, qui remplaça Bucke après une année, informa Hack Tuke que, lorsqu’on le jugeait nécessaire, le personnel de l’hôpital pouvait utiliser des contentions sur les patients, utilisant des manchons en cuire pour les hommes au comportement problématique et la camisole pour les femmes.

La détention constituait toujours la principale forme de traitement jusqu’aux années 1950, alors que les nouvelles thérapies à base de médicaments, les thérapies par électrochocs et la psychothérapie s’imposèrent..

De 1965 à 1975, la population résidant à l’Hôpital psychiatrique de Hamilton chuta de 1750 à 700, essentiellement en raison de la mise en place de soins communautaires.

En novembre 1976, après plusieurs années de désinstitutionnalisation, le directeur médical Marcel Lemieux diffusa un programme au personnel de l’hôpital qui démontrait le besoin constant de soins aux patients résidents, même si la psychopharmacologie et les soins communautaires avaient réussi à faire diminuer le nombre de patients chroniques. Il affirma que, pour un grand groupe de patients qui ne sont pas concernés par les nouveaux traitements et les soins communautaires, « l’existence d’hôpitaux psychiatriques est nécessaire, pas sous la forme d’un asile, mais plutôt, comme institution psychiatrique spécialisée  pouvant s’occuper de ce que l’on appellera l’oncologie psychologique, qui est un service de secours pour les  soins primaires et secondaires des services psychiatriques existant au sein de la communauté ». Pour Lemieux, , l’hôpital « devrait jouer un rôle important dans l’ensemble des services psychiatriques ».

En 1985, la population en résidence avait chuté pour atteindre 368 patients et 211 en 1995. Le nombre de patients continua à chuter, pour atteindre un peu moins de 200 en 2001. L’hôpital continue d’opérer aujourd’hui sur le même terrain dans un nouveau complexe, comprenant  un seul des bâtiments d’origine: Century Manor.. En février 2014, un nouvel hôpital ouvra ses portes sous le nom de Centre de soins intégrés Margaret et Charles Juravinski (The Margaret and Charles Juravinski Centre for Integrated Health), administré par le centre de soins Joseph de Hamilton (Joseph’s Healthcare Hamilton).

Transinstitutionnalisation:

La psychiatrie communautaire prit son essor au cours des années 1960. En 1976, alors que l’hôpital célébra son centième anniversaire, le directeur Frank F. Morin énonça la philosophie derrière les soins prodigués à l’hôpital : soigner les patients dans l’objectif de les renvoyer dans la communauté. Dans les années 1970, le suivi médical incluait différentes cliniques de jour. Morin pensait que «  l’hospitalisation prolongée et inutile peut développer chez certains patients une ‘dépendance institutionnelle’ qui peut être extrêmement néfaste pour la réhabilitation du patient. »

Le financement des projets communautaires de l’Hôpital psychiatrique de Hamilton fut assuré en 1988. Il reposait des partenariats avec les services communautaires en santé mentale. Par exemple, le HPH développa des partenariats communautaires avec l’Hôpital St-Joseph, le programme «Engagement communautaire et équipe de soutien» (Community Outreach and Support Team Program) de Hamilton, les Services de psychiatrie pour adultes, le programme de Lien de santé publique pour la sortie des patients de Hamilton (Hamilton Public Health Bridge to Discharge), la Clinique satellite de troubles de l’humeur, le programme d’engagement communautaire psychiatrique de Wellington et l’Association canadienne pour la santé mentale.

De la thérapie par le travail à l’ergothérapie :

Alors que les asiles ontariennes se remplissaent et se trouvaient en surpopulation [R1] à partir de la fin du 19e siècle, les directeurs cherchaient de plus en plus à employer des patients sans rémunération afin de permettre aux asiles de fonctionner à moindres coûts. Comme partout ailleurs, les patients de l’Asile de Hamilton travaillaient souvent au sein de l’institution, ou autour de celui-ci, qu’il s’agisse de faire la lessive ou de travailler à l’entretien de la route. Le travail était souvent divisé selon le genre, en fonction des normes anglo-américaines de la fin du 19e siècle : les femmes s’occupaient de la lessive, de la cuisine et de la couture, alors que les hommes s’adonnaient à des tâches comme la maçonnerie, l’exploitation de carrière et l’agriculture. Le travail des patients constituait une main d’œuvre gratuite pour l’asile et les directeurs justifiaient ces pratiques comme étant thérapeutiques.

Marg Clark, directrice de service dans les hôpitaux pendant les années 1940, se souvient qu’elle travaillait seule pendant les quarts de travail de jour, s’occupant de pas moins de 81 patient à la fois dans un service réservé aux femmes. Clark apprenait aux patientes à tenir un ménage et d’autres tâches typiquement réservées au personnel infirmier, ce qu’elle considérait comme relevant de l’ergothérapie : « les filles ont trouvé un sentiment de responsabilité, un sentiment d’accomplissement et un sentiment d’utilité. » (HPH, Horizon).

Durant la seconde moitié du 20e siècle, un département d’ergothérapie sophistiqué fut mis sur pied au sein de l’hôpital.  En 1968 fut crée une «équipe deliaison communautaire», ayant pour mandat d’offrir une aide aux soins dispensés à l’hôpital et d’aider la communauté à utiliser les services de l’hôpital plus efficacement. Le rôle de l’ergothérapeute était de conseiller, coordonner et parfois faire le lien entre l’hôpital et les équipes de soins communautaires. Le département considérait ce travail comme essentiel et devant être poursuivi dans au sein de la communauté, puisque les anciens patients auraient sans doute besoin de ce service.

À partir des années 1950, l’ergothérapie mise de l’avant à l’hôpital différait quelque peu de la thérapie par le travail des premières heures. Désormais, il s’agissait de transmettre aux patients les aptitudes occupationnelles leur permettant de trouver un emploi au sein de la communauté. Dans les années 1960, le département d’ergothérapie de l’hôpital comportait ainsi une unité de dactylographie permettant aux patients d’acquérir les compétences requises pour le travail de bureau. Il offrait également une formation au travail domestique destiné aux femmes de même qu’un atelier industriel pour apprendre aux hommes à opérer des outils et des machines peu complexes. L’ergothérapie proposait également des activités plus traditionnelles, comme la menuiserie et la couture. L’importance accordée au développement de compétences individuelles reflète le changement de mentalité qui eut lieu au sein de l’administration de l’hôpital pendant la période de désinstitutionnalisation. Alors qu’auparavant on justifiait le travail des patients par la nécessité de subvenir aux besoins de l’institution, on mettait désormais l’accent sur la formation axée sur les compétences afin d’assurer la transition vers la communauté et, à terme, l’accès à un emploi rémunéré en dehors de l’hôpital.

Du patient à la personne:

Les soins communautaires furent développés vers la fin des années 1960 et au début des années 1970. Après avoir mis à l’essai, en 1969, un programme de soins communautaires à petite échelle les responsables de l’hôpital trouvèrent les résultats suffisamment encourageants pour étendre le programme l’année suivante. Les administrateurs décidèrent que les patients ne nécessitant pas de traitement hospitalier, mais  n’étant pas prêts à vivre seuls, seraient envoyés en pension chez des familles en ville. Ed Luterback, alors directeur de l’unité de réhabilitation sociale et vocationnelle de l’hôpital, affirma que le programme avait été conçu aussi bien pour les patients de longue durée que pour créer une alternative à l’entrée en hôpital pour ceux n’arrivant plus à vivre à domicile.

Les familles accueillant des patients furent rémunérées cinq dollars par jour pour les frais, ce qui représentait dix dollars de plus par semaine que les tarifs moyens d’une pension à Hamilton à cette époque. Ce montant « exemplaire » accordé aux familles visait à leur donner des raisons supplémentaires de « s’impliquer avec le patient de façon amicale et familiale, sans chercher à contrôler sa vie ». L’objectif ultime de ce programme était de fournir aux patients un véritable refuge temporaire, ainsi qu’une période d’ajustement social et mental afin de les aider dans leur transition de l’hôpital vers une vieautonome.

En 1974, une assistance légale était disponible pour les patients résidents. Des avocats leur rendaient visite deux fois par mois afin de les assister dans leurs procédures de divorce, leurs testaments, la gestion de leur patrimoine et de leurs affaires financières.

Le personnel durant la période de désinstitutionnalisation:

En 1925, on trouvait, parmi le personnel hospitalier, un directeur médical, un directeur adjoint et deux médecins. Le complexe hébergeait également un programme d’infirmerie psychiatrique, fondé vers 1902 et accrédité en 1924. Une première cohorte d’étudiants gradua en 1928. En formant des infirmières aux soins psychiatriques, le programme permit d’alléger le fardeau des médecins et des préposés aux soins qui, dans les années 1920, s’occupaient de plus de 1000 patients. Comme ce programme était parmi les premiers en son genre au Canada, il formait des infirmières en provenance de différents hôpitaux généralistes de Hamilton. À la même époque, on construisit également une grande infirmerie. En 1929, le complexe avait la réputation d’être le meilleur établissement d’Ontario.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’armée recruta de nombreuses infirmières, ce qui entraîna  une importante pénurie de personnel à l’Hôpital de Hamilton, tout comme dans la plupart des hôpitaux ontariens. Le programme de formation en soins infirmiers, dont la dernière cohorte d’infirmières gradua en 1953, connut son apogée durant la période d’après-guerre. À la fin des années 1960, l’utilisation accrue de médicaments psychotropes, un nombre décroissant de patients, ainsi que l’amélioration des infrastructures opératoires d’autres hôpitaux psychiatriques de Hamilton entrainèrent un déclin des activités à l’Hôpital de Hamilton. Ainsi, en 1967, on ne pratiquait plus d’opérations chirurgicales majeures au sein de l’hôpital.

Les transformations structurelles à l’Hôpital de Hamilton durant la période de désinstitutionnalisation témoignent autant de la décroissance du nombre de patients que des changements dans l’administration des soins. Dans plusieurs cas, la prise en charge des patients n’était alors plus assurée par les infirmières, préposés aux bénéficiaires et médecins, mais par des ergothérapeutes, des services communautaires, cliniques médicales et familles d’accueil.  Comme l’hôpital cessa d’être le seul centre de soins, mais devint partie prenante d’un large éventail de services psychiatriques au sein de la ville et de la province, le personnel et les équipements hospitaliers se modifièrent en conséquence.

Bibliographie:

Collins, Brianne M. «Ontario’s Leucotomy Program: The Roles of Patient, Physician, and Profession.»mémoire de maîtrise, Université de Calgary, 2012.

Forchuck, Cheryl, and Donna Tweedell. «Cele» Journal of Psychosocial Nursing and Mental Health Services, Octobre 2001: 16–24.

Hamilton Psychiatric Hospital (HPH). «Community Outreach.» Hamilton Psychiatric Hospital. http://weblady.ca/HPH/programs/community.html.

Hamilton Psychiatric Hospital (HPH). «Hamilton Psychiatric Hospital Occupational Therapy Department.» vers 1970. Hamilton Museum of Mental Health Care.

Hamilton Psychiatric Hospital (HPH). Horizon  5, no. 48 (1981).

Hamilton Psychiatric Hospital (HPH), File 720. 100 Years of Service. CAMH Archives.

The Hamilton Spectator, date inconnue, 1970. Hamilton Museum of Mental Health Care.

Lemieux, Marcel. Description of the Hamilton Psychiatric Hospital Programme for the Year 1977. Hamilton Psychiatric Hospital.[CC1]

Ontario Department of Health. Ontario Department of Health Annual Reports–Mental Health Division. Toronto: Archives of Ontario. 1867, 1965, 1967, 1970.

Reaume, Geoffrey. «Patients at Work: Insane Asylum Inmate Labour in Ontario, 1841–1900.» In Mental Health and Canadian Society: Historical Perpectives. Montréal–Kingston: McGill–Queen’s University Press, 2006.[CC2]

Tuke, D. Hack. The Insane in the United States and Canada. London: H. K. Lewis, 1885.[CC3]