Lakeshore

Lakeshore

Ancienne photographie en couleurs représentants une série d'immeubles anciens en brique et des hommes jouant au cricket devant

Remerciements sincères à John Court des Archives du Centre de traitement des dépendances et de santé mentale de Toronto pour le matériel de recherche et les images d'archives.  Auteurs : Sheila Gibbons & Adam Montgomery

 

 

 

 

Nom(s) de l’institution:

Hôpital psychiatrique de Lakeshore (Lakeshore Psychiatric Hospital (1964–1979)

Hôpital de l’Ontario (Ontario Hospital), New Toronto (1934)

Hôpital de l’Ontario, Mimico (1920)

Hôpital de Mimico pour malades mentaux (Mimico Hospital for the Insane) (1911)

Asile de Mimico pour malades mentaux (Mimico Insane Asylum) (1894)

Asile annexe de Mimico (Mimico Branch Asylum) (1889)

Année d’ouverture:

Ouvre en 1890, comme complément  à l’Asile provincial de Queen Street à Toronto ; ferme en 1979.

Lieu:

3131 Lakeshore Boulevard West, Toronto, Ontario (adresse au moment de sa fermeture en 1979)

Période de désinstitutionalisation:

1964-1979

Démographie des patients:

Année Total Année Total Année Total
1888 10 1950 1,391 1966 791
1890 116 1960 1,096 1967 632
1900 600* 1961 1,101 1968 548**
1910 602 1962 1,096 1969 532
1920 619 1963 1,111 1970 545
1930 795 1964 1,002 1971 545
1940 1,348 1965 829 1972 545

** Approximation    *** Le nombre de patients fut réduit en février pour égaler le nombre officiel de lits disponibles.

Désinstitutionnalisation:

Photo en couleurs de vieux édifices en brique avec un jardin fleuri devant
Le pavillon administrative à Lakeshore en 1969, dix ans avant que l’institution ferme ses portes. (Archives CAMH)

La construction débuta en 1881 et l’Asile d’aliénés de Mimico (Mimico Lunatic Asylum) fut ouvert le 20 janvier 1890, dans ce que l’on considérait à l’époque comme la partie ouest du village de Mimico. Dans les années 1890, cette zone deviendra un pôle industriel appelé New Toronto. En 1967, la région fut rattachée à la ville de Etobicoke, puis à la ville de Toronto en 1998. Pendant ses quatre premières années d’activité, le nouveau complexe psychiatrique fonctionnait comme annexe de l’Asile d’aliénés de Toronto, distante de 5,5 kilomètres. Espérant résoudre le problème de surpopulation du 999 Queen Street, les directeurs se réunirent et trouvèrent de nouveaux sites pour traiter les patients considérés comme « incurables ». L’hôpital fut construit essentiellement par les patients (non-rémunérés), d’après la philosophie du Dr. Joseph Workman, qui considérait le travail comme thérapeutique. Kivas Tully, architecte provincial en chef et concepteur de nombreux asiles d’Ontario, conçut les « systèmes de cottage », que certains considéraient comme préférables à un grand bâtiment central, pour la classification et la séparation des patients.

L’hôpital devint indépendant en 1894 et conserva ce statut jusqu’à sa fermeture en 1979.

Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs hôpitaux de l’Ontario furent reconstruits ou rénovés. Il y eut toutefois peu d’initiatives de modernisation à Lakeshore, malgré un nombre de patients supérieur à ceux des autres hôpitaux de l’Ontario.

La tendance se poursuivit jusque dans les années 1950, lorsque le docteur H. C. Moorehouse fut nommé directeur. Durant sa présidence, il revitalisa l’institution. Moorehouse mit en place des services de soins à l’extérieur de l’hôpital et des soins à la journée à Lakeshore. Aussi, il réorganisa l’hôpital pour en faire un système d’unités dans lequel chaque unité dispense des soins et traitements spécifiques aux patients.

En 1970, le docteur Donald Ross Gunn créa le « Programme de cinq ans » avec pour objectif de poursuivre la modernisation de Lakeshore. Pourtant, au milieu des années 1970, le gouvernement provincial commença à évoquer la possibilité de fermer l’hôpital ou de transformer sa mission, en partie en raison de contraintes fiscales. Les médecins locaux firent part de leurs inquiétudes. Parmi eux, le docteur Jim Mackay, de l’Hôpital de Queensway, à proximité, déclara que Lakeshore faisait désormais figure de « sauveur » de Queensway et que c’est le seul hôpital qui prend en charge les patients violents.

En 1978, le rapport de McKinney présenta une évaluation rigoureuse  des soins psychiatriques et des suivis médicaux à Toronto, dont ceux dispensés à Lakeshore. À la suite de rapports  faisant état de l’insalubrité de ses bâtiments, le complexe ferma ses portes en 1979. Cette décision s’inscrivit dans une transition plus importante de la psychiatrie institutionnelle à la psychiatrie communautaire. La décision devint source de controverse dans l’Ontario du sud et, au début d’avril 1979, un entretien fut organisé entre le Président du Toronto métroplitain, Paul Godfrey, le Maire d’Etobicoke, Dennis Flynn, le Maire de Toronto John Sewell, et le premier ministre de l’Ontario, William Davis, pour discuter des implications de la fermeture de Lakeshore. Pendant ce temps, le personnel du complexe s’opposait activement à la réduction de la taille de l’hôpital, essayant même d’empêcher le transfert de 30 patients âgés au Centre psychiatrique de Queen Street. La police fut appelée pour permettre à un bus et à deux ambulances de traverser une centaine de grévistes et de quitter Lakeshore pour se rendre à Queen Street (Toronto Star, January 23 and April 5, 1979). Finalement, les recommandations du Rapport McKinney furent retenues et, au cours de l’année 1979, on déplaça 280 patients, dont une grande majorité fut envoyée au Centre psychiatrique de Queen Street. À la fin de 1979, l’hôpital fut fermé.

De la thérapie par le travail à l’ergothérapie:

Ancienne photo en noir et blanc représentant six hommes récoltant des pommes de terre dans un champ
Patients travaillant à la ferme institutionnelle, Hôpital psychiatrique de Lakeshore, photographie non datée. (Archives CAMH)

Les premiers bâtiments psychiatriques de Lakeshore furent construits principalement par les patients. L’hôpital acheta 220 acres de terres agricoles. Cette surface était très largement cultivée par les patients et produisit une grande quantité de légumes. Le directeur de l’époque, le docteur Beemer, était fermement convaincu que le travail pouvait faire office de thérapie de réhabilitation.

En 1958, le travail des patients à la ferme fut interrompu. Dans les années 1960, les patients étaient davantage incités à faire du sport et à jouer de la musique. Un cours de tennis et un pavillon furent construits pour favoriser le divertissement des patients.

Ancienne photo en noir et blanc représentant des femmes et des hommes dans un atelier institutionel en train de tricoter
Ergothérapie, Cottage 3, années 1970. (Barc, Asylum by the Lake)

En 1960, le ministère provincial de la santé instaura un Service de réhabilitation pour traiter aussi bien les patients du moment que les anciens patients. Le service devait faire office de conseil de consultation pour « les agences aussi bien publiques que bénévoles dans toutes les phases de réhabilitation sociale et vocationnelle ». Le docteur Gunn, directeur de recherche clinique à Lakeshore, déclara que « pour proposer l’ergothérapie à tous les patients, ce qui devrait bien-sûr être l’objectif, chaque unité devrait avoir son propre personnel d’ergothérapie ».

Gunn fut nommé directeur de Lakeshore en 1967. En février de cette même année, il ouvrit un Service pour enfant et adolescent qui permit aux patients souffrant de maladies psychiatriques et problèmes de comportement de se rendre à une école dans l’ancienne résidence du directeur.

Du patient à la personne:

À la fin des années 1950, l’idée d’un hôpital psychiatrique comme espace ouvert, plutôt que divisé en petits services ou détaché de l’ensemble de la communauté, fit son chemin en Ontario. En 1958, un programme de portes ouvertes fut développé dans la province et, à la fin de l’année, la plupart des hôpitaux psychiatriques étaient à 40% ouverts. Ces portes ouvertes ne permirent pas que la liberté de mouvement entre les différents départements de l’hôpital, mais aussi entre l’institution et le reste de la communauté.

En reconnaissant les droits des anciens résidents psychiatriques à rechercher l’indépendance, la Loi pour les logements des personnes attardées (Homes for Retarded Persons Act) de 1966 et la Loi pour les services de réhabilitation vocationnelle (Vocational Rehabilitation Services Act) proposèrent de l’assistance financière aux résidences communautaires afin de permettre une vie autonome avec un minimum d’encadrement.

Inspiré par le docteur Moorehouse, un groupe de bénévoles collecta des fonds pour ouvrir un bâtiment et mettre sur pied un programme unique à Lakeshore. La Moorehouse, indépendante de l’hôpital et dirigée par des volontaires, ouvrit ses portes en 1969 et proposait des boissons, des jeux, la télévision et une bibliothèque, ainsi que d’autres sources de divertissement pour les patients de l’hôpital. La Moorehouse proposait également un espace non-institutionnel pour les familles en visite.

Le personnel durant la période de désinstitutionalisation:

Ancienne photo en couleurs d'un groupe d'infirmières souriant devant un édifice de brique
Infirmières derrière un des cottages, 1936. (Barc, Asylum by the Lake)

Comme pour les autres institutions de la province, un manque cruel d’effectifs commença à se faire sentir à l’Hôpital de l’Ontario dans les années 1930 et jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Même si une clinique ambulante avec un psychiatre, un psychologue et un travailleur social avait été mise en place en 1933, ce programme fut annulé en 1938, principalement en raison de manque de personnel.

En 1940, le ratio personnel/patients était de 296 pour 1348, mais chuta en 1960 à 514 pour 1096. En 1970, le ratio était de 729 membres du personnel pour 545 patients et lors de la fermeture de l’hôpital en 1979, de 675 membres du personnel pour 280 patients.

En 1960, le docteur Gunn, directeur de recherche clinique, montra que les exigences d’alors en matière d’effectifs, soit un psychologue par département, étaient complètement inadéquates pour n’importe quelle thérapie intensive, arguant que la composition minimale de personnel devrait comprendre un directeur avec un doctorat en psychologie et trois psychologues ou plus par département.

Bibliographie:

Barc, Agatha. Asylum by the Lake. http://www.asylumbythelake.com.

City of Toronto. “The Assembly Hall, A Lakeshore Landmark: 1898–2013.” City of Toronto. http://www1.toronto.ca/City%20Of%20Toronto/Economic%20Development%20&%20Culture/Cultural%20Services/Art%20Services/ART/Cultural%20Centres%20&%20Art%20Galleries/Assembly%20Hall/Assembly%20Hall%20History.pdf.

Gunn, Donald Ross. “Five Year Program.” Etobicoke: Lakeshore Psychiatric Hospital, 1971.

Gunn, Donald Ross. “Hospital Units.” Letter to Dr. Moorhouse, 5 August 1960. CAMH Archives.

Lakeshore Psychiatric Hospital Mimico, File 741. “A History of the Ontario Hospital, New Toronto, Henceforth to be Known as Lakeshore Psychiatric Hospital.” Target. Transcribed copy. 1961. CAMH Archives.

Melamet-Vetter, Walther. “The Lakeshore Psychiatric Hospital: A World in its Own, Another Coocoo’s Nest in New Toronto.” 1989. Lakeshore Psychiatric Hospital Fonds, File 2-12. CAMH Archives.

Ontario Department of Health. Ontario Department of Health Annual Reports–Mental Health Division. Toronto: Archives of Ontario.

Otto, Stephen A. “TULLY, KIVAS.” In Dictionary of Canadian Biography vol. 13. University of Toronto/Université Laval, 2003. http://www.biographi.ca/en/bio/tully_kivas_13E.html.

Peter Barnard Associates, with A.J. Diamond Planners Ltd. Lakeshore Planning Study, Final Report: Future Use Options for the Lakeshore Psychiatric Hospital Property. Toronto: Ministry of Government Services, 1986.

Pollock, Sheila Joy. “Social Policy for Mental Health in Ontario, 1930–1967.” PhD dissertation, University of Toronto, 1974.

Roberts, C.A. A Report on Ontario Mental Health Services. 1963. CAMH Archives.

Williston, Walter B. “Present Arrangements for the Care and Supervision of Mentally Retarded Persons in Ontario: A Report to the Honourable B.R, Lawrence, Minister of Health.” Ontario Department of Health, 1971. CAMH Library.