Verdun / Douglas

Verdun / Douglas

Photo couleur de l'entrée extérieur d'un édifice institutionnel de brique à l'architecture d'après-guerre

Remericiements au: personnel de l'Institute universitaire en santé mentale Douglas.  Auteur : Dominc Dagenais

 

 

 

 

Nom(s) de l’institution:

Institut universitaire en santé mentale Douglas (Verdun Protestant Hospital)

Fondé en 1881 sous le nom de Verdun Protestant Hospital for the Insane

En 1925, devient le Verdun Protestant Hospital

En 1965, devient l’hôpital Douglas

En 2006, devient l’Institut universitaire en santé mentale Douglas

Année d’ouverture :

1881

Lieu:

Verdun (Montréal)

Période de désinstitutionnalisation:

1947–1972

Démographie des patients:

Anneé Total Anneé Total
1890 139 1942 1479
1899 354 1951 1621
1910 610 1960 1530-1580*
1936 1200    

*En 1960, entre 1 530 et 1 580 patients en résidence, parmi lesquels 1 114 ont quitté l’hôpital au cours de l’année

Désinstitutionnalisation:

Évoluant en retrait des institutions francophones et davantage influencé par la psychiatrie américaine, le Verdun Protestant Hospital est à l’avant-garde de la révolution psychiatrique qui s’opérera au Québec dans les années 1960 et 1970. Bourdeau souligne qu’«alors que la psychiatrie publique francophone québécoise se résumait à la charité des sœurs, la psychiatrie anglophone québécoise se faisait connaître aux premières heures de la « révolution tranquillisante ». […] Depuis 1947, le V.P.H. expérimentait aussi les thérapies de groupe et les thérapies occupationnelles, les services de post-cure, les visites à la maison, le placement en foyer et en maison de transition.» (Boudeau, 60). Aussi, dès le début des années 1920, des travailleuses sociales de l’hôpital effectuent des visites à domicile chez les patients ayant obtenu un congé conditionnel et font un rapport à toutes les deux semaines au médecin les ayant traités. Ainsi, la désinstitutionnalisation s’est amorcée beaucoup plus tôt au Verdun Protestant Hospital et de façon beaucoup moins brusque que dans les hôpitaux francophones tels Saint-Jean-de-Dieu et Saint-Michel-Archange.

Ancienne portrait en noir et blanc d'un homme avec les cheveux foncés et une moustache
Charles A. Roberts, surintendant médical de 1957 à 1964. (L’Hôpital Douglas 125e.)

En 1955, à la demande du conseil d’administration, le comité central d’inspection de l’American Psychiatric Association effectue une visite de contrôle de l’hôpital et lui fait rapport de ses recommandations. Parmi celles-ci, l’APA suggère :

  • d’améliorer les installations sanitaires et l’hygiène des patients
  • établir un programme de soins en milieu familial (foyers thérapeutiques)
  • établir un service de consultations externes et des cliniques postcure

L’ensemble des recommandations seront appliquées au cours des cinq années suivantes.

Au cours des années 1950, l’hôpital généralise sa politique de la «clé sur la porte», qui accorde une liberté grandissante au patient. On ne juge alors plus nécessaire de confiner un patient 24 heures par jour pour ensuite les libérer précipitamment, sans transition. Les patients dont l’état s’améliore reçoivent alors l’autorisation de faire des promenades dans le parc de l’hôpital, en compagnie d’autres patients, puis seuls, pour ensuite être encouragés à quitter le parc pour se promener en ville avec un membre de leur famille ou un autre patient, puis seul. Certains sont autorisés à passer la fin de semaine à la maison.

Le rapport de la Commission Bédard, déposé en 1962, constate que le Verdun Protestant Hospital a une large longueur d’avance sur les institutions francophones. Ainsi la Commission souligne-t-elle que «Le service social de l’hôpital consacre soixante-quinze pour cent (75%) de son temps à la réhabilitation des malades. […] L’hôpital vient d’inaugurer une maison de convalescence (half-way-home) qui abritera des malades assez améliorés pour quitter l’hôpital, mais pas suffisamment pour vivre dans un milieu où ils doivent assumer une trop grande responsabilité» (Wallot, 202).

Le dépôt du rapport Bédard fait du Verdun Protestant Hospital un hôpital de langue anglaise, qui reçoit désormais les patients anglophones des autres hôpitaux de la province, parmi lesquels nombre de patients catholiques, d’origine irlandaise. Ce transfert de patients fait croitre le nombre de personnes séjournant au VPH à un niveau jamais atteint auparavant (Cahn, 102). Avec 20% de patients catholiques, 16% de Juifs et 9% d’orthodoxes, l’hôpital choisit de modifier son nom et devient ainsi en 1965 l’Hôpital Douglas. En 1970, l’hôpital est désormais tenu d’accueillir également des patients francophones, en fonction du lieu de résidence de ceux-ci.

En 1965, l’hôpital inaugure un service destiné aux enfants ayant une déficience intellectuelle, qui accueillera jusqu’à 200 enfants. L’hébergement de cette catégorie de patients sera de courte durée. En effet, en 1970, l’ensemble des enfants déficients intellectuels seront transférés dans divers organismes, l’hôpital n’accueillera désormais que les enfants ayant des troubles psychiatriques.

En 1966, l’hôpital héberge 1 840 patients, soit la population la plus importante de son histoire (L’Institut Douglas, « Historique »). En 1970, l’hôpital compte plus de patients externes que de patients hospitalisés. Le programme Newstart, destiné à la réinsertion sociale des patients sur le point de quitter l’hôpital est aussi mis sur pied. En 1971, l’hôpital héberge 1 200 patients.

Transinstitutionnalisation:

En 1956, un programme de soins en milieu familial est instauré. Les patients dont l’état n’est pas jugé suffisamment grave pour nécessité l’hospitalisation, mais ayant tout de même besoin d’un suivi thérapeutiques, sont placés dans des foyers thérapeutiques supervisés, choisis par le service social. À leur foyer, les patients reçoivent régulièrement la visite d’un travailleur social et leur état est évalué mensuellement par un médecin. Environ 250 personnes résident ainsi en foyer thérapeutique ou en famille d’accueil.

En 1958 est fondé le Forward Club, un groupe de personnes ayant été psychiatrisées au Verdun Protestant Hospital. Devenu en 1962, le Forward Hous Inc., ce regroupement permet aux anciens patients de nouer des relations et de s’offrir un soutien mutuel.

Photo en noir et blanc d'une série d'immeubles de deux étages
Centre residentiel de réadaptation. (Cahn, Hôpital Douglas.)

En 1961, une subvention permet la construction du Centre résidentiel de réadaptation sociale, communément appelé le 7075, une résidence de transition pour les patients visant à faciliter leur réinsertion dans la communauté.

Entre 1961 et 1965, la Clinique postcure double sa capacité d’accueil. Plus de 1 400 patients sont alors inscrits aux registres. Une clinique de sélection est aussi ouverte, destinée à l’évaluation et au traitement des personnes n’ayant jamais été hospitalisées. Cette clinique allait ensuite devenir le Centre psychiatrique communautaire. Autre service externe, le Centre de jour, accueille en 1965 une moyenne de 115 personnes quotidiennement.

Un programme de visites à domicile pré et posthospitalisation est également créé en 1966. Une équipe formée d’un psychiatre, d’un travailleur social et d’une infirmière en santé publique rend ainsi visite aux personnes présentant des troubles de santé mentale afin d’établir une évaluation et définir un plan de traitement. À la fin de 1967, plus de 200 visites avaient alors été effectuées.

En 1973, l’hôpital met sur pied la Clinique LaSalle, clinique externe en santé mentale communautaire, située à l’extérieur des limites de l’hôpital.

De la thérapie par le travail à l’ergothérapie :

Dès 1918, un programme de thérapie occupationnelle est mis sur pied. Réservé exclusivement aux militaires hospitalisés, ce programme établit un atelier de menuiserie. Deux ans plus tard, un programme de fabrication de vannerie est instauré. Puis, en 1926, le service de thérapie occupationnelle, sous la direction de Mary Caton, connaît un véritable essor, dispensant annuellement plus de 400 cours de confection artisanale à des classes comptant en moyenne 50 patients.

Photo en noir et blanc d'un atelier avec plusieurs métiers à tisser
Salle de tissage. (L’Hôpital Douglas 125e.)

En 1959, sous la direction de Jenny Mai Handford, directrice du service de thérapie occupationnelle, la thérapie industrielle est implantée. Les patients peuvent alors travailler à la buanderie, à la cuisine, à la ferme, à l’atelier du tailleur, aux vestiaires, à l’atelier de peinture, de menuiserie, à l’entretien, aux magasins, au lavage des voitures, aux laboratoires, aux salles de radiographie, à la pharmacie ou au salon de coiffure.

Le rapport de la Commission Bédard, publié en 1962, rapporte qu’au VPH «près de 50% des malades […] participent de façon régulière à des activités, soit à l’occupation thérapeutique ou aux divers ateliers où les métiers suivants sont enseignés par des moniteurs qualifiés : menuiserie, peinture, travail de la ferme, travail de bureau, travail sur cuir, céramique, tissage, travail de cuisine et de buanderie et enfin soins auprès des malades. […] Il existe un programme formel d’activités récréatives auquel participent 90% des malades, et il est dirigé par le personnel qualifié du département de l’occupation thérapeutique» (Wallot, 202).

Photo en noir et blanc d'un chef cuisinier enseignant à un groupe de femmes dans une cuisine
Atelier de cuisine en 1968. (L’Hôpital Douglas 125e.)

En 1966, le service de thérapie occupationnelle est installé dans un nouveau pavillon, le Centre Mary Caton. Les activités de thérapie industrielle alors organisées visent à recréer une dynamique de relations de travail afin de préparer les patients à occuper un emploi à leur sortie de l’hôpital. En 1966, environ la moitié des patients de l’hôpital sont considérés comme des «malades actifs» et plus de 300 participent à la thérapie occupationnelle.

Toujours en 1966, l’hôpital inaugure le Centre récréatif Roberts, qui offre différentes activités telles les quilles, un gymnase, ainsi qu’un programme de natation.

Une unité de thérapie comportementale est aussi créée en 1967, qui devient également un centre de formation pour les étudiants en thérapie comportementale de l’Université McGill (Cahn, 122). En 1969, un programme de thérapie par le dessin et la peinture est implanté. Il sera ensuite élargi à la musique et à la création littéraire .

Du patient à la personne:

En 1955, est organisé un «Conseil des patients» visant à faire intégrer les patients aux décisions de l’hôpital. Au cours de la même année, un journal trimestriel, Outlook, rédigé et édité par les patients, est distribué.

En 1966, un programme de thérapie par la «remotivation» est instauré. La  technique consiste à «réunir des malades en groupe avec le thérapeute de la remotivation, pendant une heure ou plus pour discuter de sujets actuels, afin de les stimuler et de favoriser le fonctionnement de la partie saine de leurs personnalités, qui n’a pas été affectée par leur maladie» (Cahn, 118).

Le personnel durant la période de désinstitutionnalisation:

Photo en noir et blanc d'environ les années 1950 représentant un groupe d'infirmières
Étudiantes en soins infirmiers psychiatriques en 1951. (Cahn, Hôpital Douglas.)

Avant 1945, le personnel du domaine de la santé compte seulement des médecins, des infirmières et des ergothérapeutes. En 1945, un premier psychologue est embauché. En 1951, l’hôpital compte trois psychologues. En 1951, l’hôpital compte 6 psychiatres.

L’hôpital est accrédité en 1946 comme une institution pouvant accueillir comme résidents les stagiaires en psychiatrie après l’implantation du cours spécialisé à l’Université McGill. En 1965, l’hôpital accueille 23 résidents.

À partir de 1951, les étudiantes en soins infirmiers des hôpitaux Queen Elizabeth et Reddy Memorial commencent à faire des stages au Verdun Protestant Hospital. L’année suivante, celles des hôpitaux St. Mary’s, Jewish General et Montreal General obtiennent à leur tour leur affiliation. En 1967, plus de 250 étudiantes infirmières affiliées font leur stage au Verdun Protestant Hospital.

Au cours des années 1960, le personnel professionnel et administratif de l’hôpital augmente graduellement.

Bibliographie:

Bédard, Dominique, et al. Rapport de la Commission d’études des hôpitaux psychiatriques. Quebec City: Health Minister, 1962.
http://www.msss.gouv.qc.ca/sujets/prob_sante/sante_mentale/download.php?f=f8571bc8ed9d19dc9a35c6bcdc18d293.

Boudreau, Françoise. De l’asile à la santé mentale: les soins psychiatriques : histoire et institutions. 2e édition. Montréal: Éditions Saint-Martin, [1984] 2003.

Cahn, Charles H. Hôpital Douglas : 100 ans d’histoire et de progrès / Douglas Hospital: 100 Years of History and Progress. Verdun: Douglas Hospital Centre, 1981.

Fleury, Marie-Josée, et Guy Grenier. «Historique et enjeux du système de santé mentale québécois.» Ruptures, revue transdisciplinaire en santé vol. 10, n° 1 (2004): 21–38.

Lecomte, Yves. «De la dynamique des politiques de désinstitutionnalisation au Québec» Santé mentale au Québec vol. 22, n° 2 (1997): 7–24.

L’Hôpital Douglas 125e. http://125.douglas.qc.ca/index.php.

L’Institut Douglas. « Historique. » L’Institut universitaire en santé mentale Douglas. http://www.douglas.qc.ca.

Wallot, Hubert. La danse du fou entre la compassion et l’oubli : Survol de l’histoire organisationnelle de la prise en charge de la folie au Québec depuis les origines jusqu’à nos jours. Beauport: Beauport Publications MNH, 1998.