Hôpital de Waterford

Waterford

Photo couleur de l'entrée extérieur d'un édifice institutionnel de brique.

Remerciements à : Paulette Noseworthy, Linda White et le personnel du Centre d'études de Terre-Neuve

 

 

 

 

 

Nom(s) de l’institution:

Hôpital de Waterford (Waterford Hospital)

Fondé en 1854 sous le nom d’Hôpital pour maladies mentales et nerveuses (HMMN) (Hospital for Mental and Nervous Diseases)

En 1972, devient l’Hôpital de Waterford

Année d’ouverture:

1854

Lieu:

Saint-Jean, Terre-neuve

Period of De-institutionalization:

1949-1979

Période de désinstitutionalisation:

Année Masc. Fem. Total Année Masc. Fem. Total
1955 525 397 922 1964 520 293 813
1956 539 414 953 1965 517 300 817
1957 558 409 967 1966 532 294 826
1958 524 338 862 1967 559 291 850
1959 536 359 895 1968 556 287 843
1960 549 436 985 1969 510 261 771
1961 582 424 1006 1970 500 261 761
1962 559 346 905 1971 455 256 711
1963 486 309 795 1972 420 234 654

En 1969, Barbara Patterson rassembla des statistiques basées sur un échantillon de 61 patients sur 139 dans le HMMN (36 femmes et 25 hommes). L’âge moyen des patientes était de 34,9 années contre 36,8 pour les patients. La réaction psychogénétique était le diagnostic le plus répandu chez les femmes et les hommes (respectivement 18 et 12).

Désinstitutionnalisation:

Après la Seconde Guerre mondiale, l’hôpital mit en place de la formation intensive à tous niveaux, se focalisant sur des concepts et pratiques de l’infirmerie moderne en ergothérapie et thérapie récréative. Le principe directeur se résumait à l’idée que le «patient total» devait être soigné. À ce moment-là, il était évident qu’ «un patient avait besoin d’un cadre favorable et que, par moments, la thérapie familiale était nécessaire.» En 1946 furent instaurés des services quotidiens de consultation externe, qui permettaient aux patients d’être traités sans se faire institutionnaliser.

Après avoir été rattachée à la Confédération canadienne le 31 mars 1949, Terre-neuve put demander des aides fédérales. Cela entraîna une réorganisation des services de santé provinciaux, car l’hôpital se trouvait désormais sous le contrôle du Ministère provincial de la santé, indépendant du Ministère d’aide sociale. Entre 1949 et 1953, 80% de ses aides fédérales servirent à acheter du matériel et à engager du personnel.

Avec davantage de personnel et de meilleures infrastructures, l’ergothérapie et la thérapie récréative purent véritablement prendre forme. Les patients pouvaient assister à des cours d’apprentissage variés et bénéficiaient désormais d’espaces leur permettant de se retrouver pour des danses hebdomadaires, des films deux fois par semaine, ou encore les services religieux le dimanche.

Le Centre de services de l’hôpital psychiatrique ouvrit en 1951. Il s’agissait d’une combinaison de consultations externes et de service de soins quotidiens. On insistait tout particulièrement sur le traitement des psychoses précoces et des maladies de natures non psychotiques. L’hôpital affirme que le centre avait plusieurs avantages : le patient pouvait par exemple garder contact avec sa famille ; la famille était impliquée dans le traitement ; les patients n’étaient pas institutionnalisés ; le centre maintenait le lien avec les anciens patients ; il proposait des options de traitement pour les patients qui, dans d’autres circonstances, auraient refusé de se faire soigner ; la durée moyenne de séjour fut réduite et le coût était entre 50 à 30% moins élevé que dans le cadre d’une hospitalisation complète. En 1952, l’hôpital ouvrit les deux premiers centres d’accueil à la journée du Canada.

Entre 1958 et 1959, on accorda  une plus grande liberté aux patients démontrant suffisamment d’autonomie en les installant dans des «services de régime ouvert». En 1969, 220 patients bénéficièrent de tels privilèges.En 1962, un service de réhabilitation pour patientes, composé de 18 lits, fut ouvert et administré par le département d’infirmerie. C’était un service de gestion des foyers, chargé de favoriser l’autonomie des patients. Initialement, ce service se concentra sur les tâches ménagères, mais s’élargit ensuite pour prendre en compte les situations sur les lieux de travail. Entre 1962 et 1967, 800 patientes bénéficièrent de ce service, parmi lesquelles 600 se trouvèrent par la suite un emploi (principalement comme domestiques, dans des buanderies ou dans la restauration) ou emménagèrent dans des pensions ou vécurent de façon autonome. En 1972, environ 300 anciens résidents vivaient dans 30 pensions de famille en dehors de l’hôpital dans la région de Conception Bay. Le HMMN et le gouvernement géraient conjointement ces foyers.

Transinstitutionalisation:

En 1949, le Programme d’assistance familiale de l’Hôpital fut mis en place pour les patients qui n’avaient pas de famille ou d’endroit où vivre, mais que l’on considérait aptes à vivre dans la communauté. Ils furent transférés vers des résidences pour libérer des lits. Le Ministère d’assistance publique offrait le logement, les vêtements et l’argent de poche, alors que le HMMN s’occupait de la supervision et des soins. En décembre 1956, le programme avait cinq résidences pour 29 patients. En 1969, 864 patients furent placés dans des résidences. 529 de ces patients furent réadmis à l’hôpital, alors que 143 quittèrent le programme et se retrouvèrent dans des situations de vie autonome.

Ancienne photo des années 1950 d'un homme aux cheveux foncés et portant des lunettes
Clarence H. Pottle, Surintendant médical, 1952-60. (O’Brien, Out of Mind.)

En 1961, la Division des services de santé mentale fut mise en place par le Ministère de la santé pour coordonner les services au sein d’un système d’hôpital général présidé par Clarence Pottle. Cette Division fut créée pour pallier aux difficultés logistiques des patients qui avaient besoin de soins en dehors du secteur de Saint-Jean. Cette division supervisait le HMMN.

En 1965, Lord Brain organisa, dans le cadre d’une commission chargée d’étudier l’avenir des soins de santé dans la province, des audiences faisant écho aux inquiétudes de l’ACSM, selon lesquels le HMMN n’était pas en mesure d’offrir des services adéquats en raison de sa surpopulation évidente et du manque d’institutions dans la province. En réponse au rapport de la Commission royale sur la santé, Terre-Neuve commença à décentraliser les services de santé. Pour les services de santé mentale, la régionalisation impliquait la mise en place de services psychiatriques rattachés aux hôpitaux généralistes.

En 1970, les hôpitaux généralistes comptaient 1200 admissions, comparées aux 998 du HMMN. L’idée était que les hôpitaux pourraient s’occuper de la majorité des soins à court-terme, alors que le HMMN pourrait s’occuper de la majorité des services de référence spécialisés. Ce faisant, cette manœuvre leur permettrait de se concentrer sur les problématiques telles que la création de programmes de désinstitutionalisation pour les patients de longue durée. Le personnel du HMMN affirma que la distance, le transport et la communication constituaient des problèmes spécifiques à Terre-Neuve. Ceux-ci furent partiellement résolus en affectant des médecins locaux pour desservir des personnes pourvues de rapports de sorties complets pour les soins post-institutionnalisation. En 1979, le Centre d’activités et de loisirs hors hôpital, à Long Pond, devint pleinement opérationnel pour les patients. C’était un lieu de rencontre important entre la communauté et les patients.

De la thérapie par le travail à l’ergothérapie:

En 1952, le HMMN commença ses premiers cours aux adultes. En 1955, le département d’ergothérapie réalisa le premier numéro de la lettre d’information de l’hôpital The Echo. Patients et personnel y contribuèrent.

L’édition de 1957 de The Echo parla de «l’ergothérapie comme aide à la réhabilitation du patient psychiatrique» dans le cadre de la Semaine de la Santé mentale. Cette thérapie fut présentée comme étant un programme d’activités créé pour donner aux patients du travail à plein temps ou à temps partiel, composé d’un mélange de travaux domestiques, d’activités créatives, de loisirs, d’activités sociales et d’exercice physique. Elle souligna le fait que le but ultime est d’avoir un patient qui se soigne ; les œuvres d’artisanats réalisés et vendus par la suite n’étaient que d’importance secondaire.

En 1969, les Services de réhabilitation qui n’existaient précédemment que pour les patientes furent élargis pour prendre en compte les patients. On y trouvait «l’Atelier caribou» (centre d’évaluation et de traitement spécial) pour les patients de courte et de longue durée, qui recourra à diverses formes de travail pour évaluer les aptitudes et offrir des opportunités aux patients : poterie, thérapie par l’art, menuiserie, sculpture sur bois flotté, peinture, tissage, couture et services de blanchisserie. Le Programme d’ergothérapie utilisait des méthodes plus classiques, comme le travail du cuir et la fabrication de paniers. On utilisa une partie des fonds de la vente de produits finis pour permettre aux patients de s’offrir des voyages à la journée. Des 175 patients référés au programme en 1969, 77 purent sortir.

Du patient à la personne:

Couverture d'un magazine ayant pour titre «The Echo»
The Echo était un bulletin d’information produit conjointement par les patients et le personnel de HMND à la fin des années 1950. (Collection Joseph R. Smallwood, Centre d’études de Terre-Neuve.)

En 1954, Radio Canada (CBC) diffusa une émission sur le groupe Caribou du HMMN. Le groupe était impliqué dans de nombreux programmes, dont la mise en place de deux cantines, l’Atelier Caribou, le Fond de bien-être des patients et un fond pour l’art. Ils organisèrent des activités comme des danses, des fêtes d’anniversaire, des loteries, des concerts, des projections de films, des évènements sportifs et des pique-niques.

En 1964, le Psychiatric Nursing Digest déclara que les médecins, infirmiers, travailleurs sociaux, ergothérapeutes et travailleurs récréatifs devraient désormais adopter une approche de groupe pour chaque cas. Cela impliqua la nécessité de s’asseoir et de discuter des détails de la vie d’un patient, afin de développer une approche adaptée pour les diagnostics et la thérapie. Cette approche pragmatique prôna la recherche de buts et de motivation dans les solutions potentielles.

Le Programme de thérapie récréative incluait le sport, la musique et la danse, et soulignait l’importance de ces activités pour aider les individus dans leurs relations interpersonnelles. L’article affirme que «cette méthode est basée sur le respect de chaque être humain, indépendamment de son origine raciale, de la couleur de sa peau et ses convictions, mais également de son âge, son sexe, et ses  handicaps physiques, mentaux et émotionnels.»

En mai 1964, le Psychiatric Nursing Digest évoqua l’intérêt de la technique de «Remotivation». Il s’agissait d’une technique utilisée par les aides des psychiatres qui était basée sur de simples interactions de groupe. On la décrivait comme «une activité structurée, qui leur permettait de communiquer avec leurs patients de manière positive et constructive, par-delà les soins quotidiens de résidence».

En 1969, le HMMN avait mis en place un comité de patients composé d’un conseil et d’un directeur élu. Son rôle principal était la gestion des détails pratiques des services, tels que la planification des activités. Celle-ci était basée sur le principe que les patients devraient participer au maximum et contrôler leur environnement.

Le rapport Patterson de 1969 affirma que la philosophie de l’hôpital soulignait l’importance de la psychothérapie, le milieu thérapeutique, la resocialisation et le retour dans leur communauté le plus vite possible. Le HMMN souhaitait traiter le patient avec sa famille et non en l’isolant. Les sessions de psychothérapies de groupe furent également mises en place dans le but de développer les talents sociaux et de renouer l’intérêt du patient pour les relations sociales.

Le personnel durant la période de désinstitutionalisation:

Un dentiste à plein temps fut embauché à l’hôpital autour de 1950. Trois ans plus tard, un laboratoire de conception de prothèses vit le jour grâce au financement fédéral. Un département de physiothérapie fut mis en place entre 1952 et 1953. Tous les patients étaient désormais traités à l’année, avec 84% des patients nécessitants un traitement immédiat.

Ancienne photo en noir et blanc avec des étudiantes en soins infirmiers recevant leur diplôme
Collation des diplômes des assistantes infirmières du HMMN en 1952. (Government of Newfoundland, “New Nurses’ Home.”)

En 1952, l’hôpital créa le poste d’officier d’éducation à la santé mentale grâce à des fonds de santé fédéraux et Charles Strong y fut nommé. Il s’occupa d’établir des contacts entre les agences publiques et privées travaillant dans le domaine de la santé mentale. Il devait également promouvoir une opinion publique de plus en plus sensibilisée aux enjeux liés à la santé mentale.

En février 1964, le premier numéro du Psychiatric Nursing Digest fut publié au HMMN pour les infirmiers diplômés. L’hôpital considérait qu’il s’agissait d’une publication importante, car la présence d’infirmiers employés dans ce domaine devenait de plus en plus répandue et ceux-ci jouèrent un rôle prépondérant dans les soins, la supervision et l’administration de programme de soins prolongés à l’extérieur de l’hôpital.

En 1964, le Psychiatric Nursing Digest déclara qu’il y avait un besoin urgent d’infirmiers diplômés spécialisés dans l’infirmerie psychiatrique générale, la supervision clinique, l’enseignement et l’administration. Les candidats potentiels pouvaient recevoir des bourses universitaires avec un montant supérieur ou égal à 160$ par mois, mais un engagement de service à la fin des études était exigé. En 1969, le Centre d’accueil à la journée du HMMN était sous la direction du Dr. Bishwarp Bhattacharya. Le personnel était composé d’un autre psychiatre, d’un travailleur social, d’une infirmière diplômée travaillant à temps plein, trois infirmières assistantes, d’un ergothérapeute, d’une équipe de kinésithérapeute et du personnel administratif. En 1972, ce qu’on appelle désormais l’Hôpital Waterford, (Waterford Hospital) rattache formellement son programme de résidence au nouveau Département de psychiatrie de la Memorial University. (O’Brien, p. 299)

Bibliographie:

Government of Newfoundland. “New Nurses’ Home at Mental Hospital Opened in March.” Newfoundland Government Bulletin, March/April 1952, 26. Hospital for Mental and Nervous Diseases (HMND).

“Concepts in Mental Hospital Treatments.” Hospital for Mental and Nervous Diseases Report. 1969. Joseph R. Smallwood Collection, Centre for Newfoundland Studies. Hospital for Mental and Nervous Diseases (HMND).

“Home Care Programme.” Hospital for Mental and Nervous Diseases Report. 1969. Joseph R. Smallwood Collection, Centre for Newfoundland Studies. Hospital for Mental and Nervous Diseases (HMND).

“Patient Care.” Hospital for Mental and Nervous Diseases Report. 1969. Joseph R. Smallwood Collection, Centre for Newfoundland Studies. Hospital for Mental and Nervous Disease (HMND).

“Further Notes on Remotivation.” Psychiatric Nursing Digest vol. 1, issue 4 (May 1964). Hospital for Mental and Nervous Disease (HMND).

“New Preparation for New Roles.” Psychiatric Nursing Digest vol. 1, issue 2 (March 1964). Hospital for Mental and Nervous Disease (HMND).

“Opportunities for Graduate Nurses in Mental Health Programmes.” Psychiatric Nursing Digest vol. 1, issue 3 (April 1964). Hospital for Mental and Nervous Disease (HMND).

“The Psychiatric Head Nurse.” Psychiatric Nursing Digest vol. 1, issue 2 (March 1964). Hospital for Mental and Nervous Disease (HMND). Psychiatric Nursing Digest vol. 1, issue 1 (February 1964). Hospital for Mental and Nervous Disease (HMND).

“Guest Editorial.” The Echo vol. 2, issue 4 (April 1957). O’Brien, P. Out of Mind, Out of Sight: A History of the Waterford Hospital. St. John’s: Breakwater, 1989.

Patterson, B. Characteristics of the Population of the Day Centre of the Hospital for Mental and Nervous Diseases. St. John’s: Memorial University of Newfoundland, 1971.

Smallwood, Joey, editor. “Hospitals.” In Encyclopedia of Newfoundland and Labrador, Vol. 2,  1074. St. John’s: Newfoundland Book Publishers, 1981–1994.

Tancock, T. “Sidelights of Recreational Therapy.” Psychiatric Nursing Digest vol. 1, issue 3 (April 1964). Waterford Hospital.

“Medical Director’s Report.” Fourth Annual Meeting of the Waterford Hospital Report. November, 1977.

Waterford Hospital. “Proceedings of the Waterford Hospital Seventh Annual Meeting.” Seventh Annual Meeting of the Waterford Hospital Report. October, 1980.